Je me présente :

J’arrive, par hasard, à Bordeaux en Juillet 1991.
Manuelle depuis toujours et passionnée de dessin, je passe, un jour, par hasard, devant l’atelier de Jacques LAFAYE, situé dans le centre historique de la ville, à deux pas de la Grosse Cloche. Sur la porte sont annoncées des séances de dessin avec modèle vivant, en dessous, on a précisé : Entrez libres… J’entre… Libre.
C’est dans cet atelier, auprès de celui qui deviendra mon maître, que je me perfectionne en dessin d’après modèle. J’ai 20 ans et je vais aussi apprendre à me taire et à écouter les visiteurs, artistes, photographes, philosophes, poètes et épicuriens qui se réunissent en ce lieu.
Très vite, Jacques m’initie au modelage, qui, selon lui, devrait me plaire.
Le peintre, sculpteur et photographe ne s’y est pas trompé, l’argile s’avère rapidement être le médium indispensable pour la jeune femme en devenir que je suis, et qui peine à se trouver et à s’affirmer. Dès les premiers essais, Jacques me fera promettre de ne jamais m’arrêter…
Ce sont les corps, les courbes, les mouvements suspendus, les émotions saisies dans l’instant, naissants sous mes mains, qui prennent la parole à ma place lorsque les mots me manquent.

25 ans plus tard, j’ai repris l’atelier de Jacques et ai assemblé mon nom de famille à l’initiale de mon prénom pour poser mon nom d’artiste : GAYA, sans prétention aucune, mais plutôt avec une pointe d’humour, saluant et usant du hasard, qui fait si bien les choses…
La route, pour en arriver là, fut longue, hésitante, difficile, avec des détours et des distractions, comme il se doit, mais elle me ramenait toujours au 13, rue Teulère, entre ces murs où tout avait commencé…
J’ai progressivement abandonné les contrats de travail à temps complet et ma position rassurante de salariée, pour me consacrer (presque) totalement à ma passion.
J’ai organisé mon temps entre l’association « L’ateul de GAYA », avec les cours de sculpture, les séances de dessin avec modèle, les apéros Sculpturatoirs et les Ateliers modelage Parent/Enfant que j’anime à l’atelier, et que je n’hésite pas à installer jusque dans la rue lors des Portes Ouvertes, deux fois l’an.
Et il y a les heures de créations personnelles où le temps s’arrête…
Il y a les moulages, les tirages, les patines…
Il y a les expositions où je me confronte avec anxiété aux regards et aux critiques…
Il y a les bronzes à récupérer avec fébrilité chez le fondeur…
Il y a l’envie d’entendre l’avis d’autres, connaisseurs, amateurs, collectionneurs, experts…
Et toujours, le besoin de figer une humeur, un ressenti, dans la glaise grasse et fraîche qui attend dans le vieux coffre en bois de Jacques…
Je n’ai jamais arrêté…

A mon maître

Agnès GAY